Dans la réalité des projets web, les raisons de vouloir tester l’accessibilité avant un audit RGAA formel sont multiples. Par simple curiosité, pour sensibiliser à l’accessibilité, car le budget n’est pas encore engagé ou encore vérifier ce qui a été livré par un prestataire avant d’aller plus loin. Mais comment faire ?
This article proposes une série de tests simples, réalisables par une équipe non experte, qui permettent d’identifier des signaux de non-accessibilité. Attention : ces vérifications ne constituent ni un audit RGAA, ni une évaluation de conformité, et ne permettent en aucun cas de déclarer un site accessible. Leur objectif est tout autre : mettre en évidence, très rapidement, des alertes claires indiquant que l’accessibilité a probablement été insuffisamment intégrée au projet.
Pourquoi faire des tests d’accessibilité avant un audit RGAA ?
L’audit RGAA reste la seule référence pour évaluer la conformité d’un site web aux standards d’accessibilité en France. Cependant, dans de nombreux contextes, il est utile de pouvoir réaliser un premier coup d’oeil rapide. Ces tests peuvent répondre à des besoins concrets : détecter des problèmes bloquants avant la mise en production, prioriser les corrections avant un audit formel, ou simplement comprendre l’état actuel d’un site. Ils constituent une première étape pragmatique dans une démarche d’accessibilité.
7 tests simples pour repérer rapidement des signaux de non-accessibilité
Conseil n°1 : mettez de côté… votre souris !
Le premier test consiste à naviguer sur le site sans utiliser la souris, uniquement avec le clavier. Concrètement, cela signifie utiliser les touches Tab et Maj+Tab pour se déplacer entre les éléments interactifs, Entrée pour activer les liens et boutons, et Échap pour fermer les fenêtres modales ou menus déroulants.
Ce test pourra vous révéler rapidement plusieurs types de problèmes : des éléments interactifs totalement inaccessibles au clavier, un ordre de navigation incohérent qui ne suit pas la logique visuelle de la page, des menus ou modales impossibles à fermer sans souris, ou encore des boutons et liens qui restent invisibles lorsqu’ils reçoivent le focus. Si une action clé du site n’est pas réalisable au clavier, le site n’est tout simplement pas accessible à une partie importante des utilisateurs.
Conseil n°2 : suivez le focus
Le focus clavier doit être clairement visible sur tous les éléments interactifs. Pour vérifier cela, il suffit de naviguer au clavier et d’observer attentivement si le focus est toujours identifiable. Ce test permet de détecter des problèmes très fréquents : un focus complètement supprimé par le CSS, un focus trop discret qui se confond avec le design, ou un focus masqué par une animation ou un overlay.
La visibilité du focus est l’un des points les plus souvent non conformes lors des audits RGAA, car de nombreux sites suppriment volontairement cet indicateur pour des raisons esthétiques, sans mesurer l’impact sur l’accessibilité.
Conseil n°3 : zoomez !
Ce test consiste à utiliser la fonction de zoom du navigateur pour afficher la page à 200 % de sa taille initiale, sans modifier la taille de police dans les paramètres du système. Cette manipulation met en évidence plusieurs problèmes courants : du texte tronqué ou des blocs qui se chevauchent, des menus qui deviennent inutilisables, des formulaires dont la mise en page se casse, ou des boutons qui sortent de l’écran.
Ce test concerne non seulement les personnes malvoyantes qui utilisent le zoom de manière systématique, mais aussi tous les utilisateurs en situation de fatigue visuelle ou utilisant des appareils mobiles avec un affichage réduit.

Le site Sephora zoomé à 200% comme dans l’exemple ne présente pas de souci majeur sur le texte en homepage. Observation réalisée en Décembre 2025.
Conseil n°4 : vérifiez la cohérence du contenu
Pour évaluer la structure du contenu, il faut parcourir la page uniquement via les titres et les liens, sans lire le texte dans son intégralité. Cette approche permet de se poser plusieurs questions essentielles : les titres décrivent-ils réellement le contenu de chaque section ? La hiérarchie des titres est-elle logique et respecte-t-elle une progression cohérente ? Les intitulés de liens ont-ils un sens lorsqu’ils sont lus hors contexte ?
Ce test est particulièrement efficace pour détecter des problèmes éditoriaux qui impactent directement l’accessibilité, notamment pour les utilisateurs de lecteurs d’écran qui naviguent souvent par titres ou par liste de liens.

Le site Samsung présente une cohérence de contenu sur certaines pages et des incohérences sur d’autres. Sur la page IT et communication mobile par exemple, deux h3 s’enchaînent l’un à la suite de l’autre (mise en valeur sur la capture écran par l’extension Heading Tag markup). Observation réalisée en Décembre 2025.
Conseil n°5 : regardez à vos formulaires
Les formulaires concentrent une part importante des non-conformités RGAA. Pour les tester, il suffit de soumettre un formulaire en y introduisant volontairement des erreurs. Plusieurs éléments doivent alors être vérifiés : les messages d’erreur expliquent-ils clairement le problème et comment le corriger ? Le champ en erreur est-il facilement identifiable visuellement ? Le focus est-il correctement repositionné sur le premier champ en erreur après la soumission ?
Un formulaire inaccessible peut bloquer complètement un parcours utilisateur essentiel, comme une inscription, une commande ou une prise de contact.
Conseil n°6 : enlevez les images
Une approche simple pour tester le traitement des images consiste à lire la page sans tenir compte des images, en se demandant si l’information reste compréhensible. Certaines images sont-elles indispensables à la compréhension du contenu ? Si oui, leur alternative textuelle est-elle présente et suffisante ?
Ce test permet d’identifier rapidement des images informatives qui n’ont pas été correctement traitées, c’est-à-dire qui ne disposent pas d’une alternative textuelle pertinente pour les utilisateurs qui ne peuvent pas les voir. Voir également « Image informative ou décorative : faire la différence en accessibilité numérique (RGAA) »
Conseil n°7 : Jetez un oeil aux contrastes
Sans utiliser d’outil spécialisé, il est possible de repérer des problèmes de contraste évidents : du texte clair sur un fond clair, du texte placé directement sur une image sans traitement de fond, ou l’utilisation d’une petite taille de police combinée à une graisse de caractère fine.
Si vous n’avez pas de souci particulier de vue et que la lecture vous est inconfortable dans des conditions « classiques » de consultation, elle le sera encore plus pour de nombreux utilisateurs, notamment en situation de malvoyance, de daltonisme ou de fatigue visuelle.

La lecture du menu du site Kiabi est inconfortable (texte blanc sur un rose pâle grisé) : même sans outil spécialisé on devine un manque de contraste. Observation réalisée en Décembre 2025.
Ce que ces tests permettent… et ce qu’ils ne permettent pas
Ces tests simples permettent de détecter des problèmes bloquants rapidement, de prioriser les corrections avant un audit formel, d’éviter des erreurs majeures en production et de mieux comprendre ce que révélera un futur rapport RGAA. Ils constituent une première couche d’évaluation accessible à tous les membres d’une équipe projet.
En revanche, ils ne permettent pas d’attester une conformité RGAA, de couvrir l’ensemble des critères d’accessibilité, ni de se substituer à un audit formel réalisé par des experts. Ils ne donnent qu’une indication, certes utile, mais partielle de l’état d’accessibilité d’un site.
Bref, ces conseils et tests simples donnent une lecture rapide et pragmatique de l’accessibilité d’un site. Lorsqu’ils révèlent des problèmes, ils indiquent surtout une chose : l’accessibilité n’a pas été intégrée suffisamment tôt dans le projet. Ils permettent néanmoins d’amorcer une prise de conscience et de poser les premières bases d’une démarche d’accessibilité plus complète.
