Dans la conception de services numériques accessibles, une question revient constamment : faut-il décrire cette image ou non ? Cette interrogation apparemment « simple » cache en réalité un enjeu fondamental car toutes les images ne se valent pas. Certaines transmettent une information essentielle, d’autres servent uniquement à enrichir l’expérience visuelle. Confondre les deux, c’est risquer soit de surcharger inutilement l’expérience des personnes impactées, soit de leur masquer des informations cruciales.
Comment savoir si une image est informative ou décorative ? Pourquoi cette distinction est-elle essentielle en accessibilité numérique ? Quelles sont les règles à appliquer pour respecter le RGAA ?
Dans cet article, découvrez comment distinguer les images informatives des images décoratives et les bonnes pratiques pour les rendre accessibles.
Pourquoi distinguer une image informative d’une image décorative ?
Les images occupent une place centrale dans les services numériques : elles illustrent les propos, structurent les pages, orientent la navigation, valorisent les contenus. Pourtant, si elles sont mal qualifiées, elles créent des ruptures d’accès à l’information qui auraient pu être évitées.
Pour les personnes aveugles ou très malvoyantes qui naviguent à l’aide d’un lecteur d’écran, une image porteuse d’information sans alternative textuelle rend le contenu totalement invisible puisque sans texte lisible au lecteur d’écran. À l’inverse, une image purement décorative accompagnée d’une description inutile pollue la navigation et noie l’essentiel dans des détails superflus.
Les personnes malvoyantes se heurtent quant à elles à d’autres obstacles. Lorsque du texte est intégré directement dans une image, il devient impossible de l’agrandir, d’adapter les couleurs ou de renforcer les contrastes selon leurs besoins. Ce qui devrait être lisible reste figé dans un format inadapté.
Pour les personnes dyslexiques, cette même contrainte technique empêche de personnaliser les polices et les espacements, deux ajustements souvent indispensables pour faciliter la lecture.
Comment savoir si une image est décorative ou informative ?
Avant toute considération technique, la question simple et directe à se poser : si je supprime cette image, est-ce que je perds une information nécessaire à la compréhension du contenu ?
- Si la réponse est oui, l’image est porteuse d’information. Elle doit être rendue accessible sous une forme équivalente, que ce soit par une alternative textuelle, une description détaillée, ou une retranscription des données qu’elle contient.
- Si la réponse est non, l’image est décorative. Elle doit être ignorée par les technologies d’assistance pour ne pas encombrer inutilement la navigation.
Cette question constitue le socle de toute démarche d’accessibilité des images. Elle permet d’éviter les automatismes et de traiter chaque visuel selon son contexte.
Quelles sont les différences entre une image informative et une image décorative ?
L’image décorative
Une image est considérée comme décorative lorsqu’elle n’apporte aucune information indispensable à la compréhension du contenu. Son rôle est d’accompagner visuellement le propos, d’aérer la mise en page ou de renforcer une atmosphère, sans transmettre de message autonome.
Les images décoratives se retrouvent souvent pour illustrer le thème d’un article sans apporter de donnée spécifique. Une photo d’un feu de cheminée dans un article sur le Bien vivre chez soi crée un contexte visuel mais ne change rien à la compréhension du texte. Les séparateurs graphiques, les textures, les motifs et les arrière-plans entrent également dans cette catégorie. Ils participent à la structure visuelle mais leur suppression n’altère en rien le sens du contenu. Enfin, les icônes qui accompagnent un texte déjà explicite : si une icône de calendrier précède la mention « Date du rendez-vous : 18 décembre 2025 », elle est redondante car le texte suffit à transmettre l’information.
L’image informative
L’image informative est quant à elle porteuse d’information. Elle transmet un contenu que le texte environnant ne fournit pas. Elle n’est pas accessoire : elle fait partie intégrante du message.
Exemples :
- Les infographies sont de bons exemples d’images informatives. Elles synthétisent des données, établissent des comparaisons, révèlent des tendances. Sans accès à leur contenu, l’utilisateur perd une partie substantielle de l’information.
- Les graphiques et diagrammes fonctionnent de la même manière. Qu’il s’agisse d’une courbe d’évolution, d’un diagramme circulaire ou d’un histogramme, ces visuels portent des données précises qui doivent être restituées sous une forme accessible.
- Les schémas explicatifs transmettent également une information structurée. Un schéma technique, un plan d’évacuation ou un organigramme ne peuvent pas être ignorés : ils contiennent des relations, des étapes, des hiérarchies essentielles à la compréhension.
Les images contenant du texte doivent toujours être traitées avec vigilance. Si ce texte n’apparaît nulle part ailleurs, l’image devient la seule source d’information, ce qui pose un problème majeur d’accessibilité. Il en est de même des images utilisées seules pour transmettre un message ou une instruction. Une icône cliquable sans libellé textuel visible, une bannière promotionnelle sans contenu textuel associé, ou un bouton constitué uniquement d’un visuel portent tous une information qui doit être accessible.
Comment reconnaître une image informative ou décorative ?
Exemple 1 : une photo dans un article d’actualité
Un article de presse dont l’intitulé est « Ce que l’on sait du piratage du ministère de l’Intérieur », accompagné d’une photo de l’entrée du ministère avec une voiture passant le portail.
Décorative ou informative ? Décorative. La photo contextualise visuellement mais le texte suffit à comprendre le sujet.

Exemple 1 : Photo dans un article d’actualité
Exemple 2 : une infographie
Une infographie présentant les enjeux des Français résidant à l’étranger : volumes, évolutions chiffrées, typologies, niveaux de protection.
Décorative ou informative ? Informative. L’information est portée directement par le visuel.

Exemple 2 : Infographie avec statistiques
Exemple 3 : une bannière promotionnelle
Une offre commerciale affichée sous forme d’image : « –15 % sur toute la gamme NEVA », avec conditions et informations intégrées dans le visuel (exclusivité cartes et restrictions diverses).
Décorative ou informative ? Informative. Le texte n’est ni agrandissable, ni personnalisable, ni correctement restitué.

Exemple 3 : Bannière promotionnelle
Une image peut-elle être décorative dans un contexte et informative dans un autre ?
La qualification d’une image ne dépend pas uniquement de son contenu, mais également de son contexte d’utilisation. Une photographie peut être purement décorative dans un article de blog, puis devenir informative dans une actualité où elle permet d’identifier un lieu, une personne ou un événement. De la même manière, une icône peut être décorative lorsqu’elle accompagne un texte explicite, mais informative si elle constitue le seul moyen de comprendre une action ou une fonctionnalité.
Avant de qualifier une image, il est donc nécessaire d’évaluer le rôle qu’elle joue dans la compréhension du contenu, plutôt que sa nature visuelle.
Savoir définir si une image en accessibilité numérique est informative ou décorative est fondamental. Savoir distinguer une image informative d’une image décorative constitue l’un des principes fondamentaux de l’accessibilité numérique. Cette qualification détermine si une alternative textuelle est nécessaire ou si l’image doit être ignorée par les technologies d’assistance.
En adoptant une méthode simple — se demander si la suppression de l’image fait perdre une information utile à la compréhension — il devient plus facile de prendre la bonne décision et de concevoir des contenus conformes au RGAA tout en améliorant l’expérience de tous les utilisateurs.

