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Accessibilité des images : comment intégrer les règles dans vos processus éditoriaux

Une image sur un site web peut contenir une information essentielle. Pour les technologies d’assistance utilisées par les personnes aveugles ou malvoyantes, cette information n’existe que si elle a été mise en texte. Un lecteur d’écran lit par exemple ce qui est écrit, pas ce qui est montré. C’est le principe de l’accessibilité des images : rendre visible, sous forme de description textuelle, ce qu’une image montre.

Dans de nombreuses organisations, cette information n’est ni produite, ni contrôlée de manière systématique. L’accessibilité des images devient alors aléatoire, dépendante des contributeurs et difficile à maintenir dans le temps.

La question n’est donc pas uniquement technique. Elle relève de l’organisation éditoriale et des règles qui structurent la production de contenu.

L’alternative d’image en accessibilité : qu’est-ce que c’est ?

L’alternative d’image (nommée parfois simplement « alt », du nom de l’attribut HTML utilisé dans le code) est la version texte de remplacement d’une image. Elle n’est normalement pas visible par défaut mais apparaît si l’image n’est pas chargée par exemple. Les technologies d’assistance utilisées par les personnes aveugles ou malvoyantes telles que les lecteurs d’écran, autres outils vocaux et plages brailles permettent la restitution de cette alternative si elle existe. Une alternative textuelle correctement rédigée leur permet d’accéder au contenu de l’image au même titre que les autres utilisateurs.

La bonne complétion de ces alternatives d’images fait partie d’un des nombreux critères du RGAA – le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité – qui constitue le cadre normatif applicable aux sites publics en France et de référence pour de nombreuses organisations privées. Un critère non conforme sur ce point peut suffire à générer une non-conformité dans le cadre d’un audit. Une alternative absente ou mal rédigée ne constitue pas seulement un défaut technique : elle peut rendre une information totalement inaccessible et compromettre la compréhension du contenu.

Pourquoi et comment formaliser la qualification des images dans une organisation

L’intégration d’une image dans une interface numérique mobilise plusieurs métiers à des moments distincts : conception, développement, publication. Or aucun de ces moments ne fait l’objet d’une responsabilité explicite sur la qualification accessibilité. Sans cadre clair pour guider ces choix, les pratiques peuvent varier d’une équipe à l’autre et d’un projet à l’autre. Les mêmes erreurs réapparaissent alors progressivement, même après un audit ou une mise en conformité RGAA. Sans formalisation, l’accessibilité repose sur des décisions implicites, rarement homogènes et difficilement auditables.

Sensibiliser les équipes à l’accessibilité est une première étape mais insuffisante pour harmoniser les décisions concrètes. Garantir l’accessibilité des images dans la durée suppose de structurer la production éditoriale et de formaliser un cadre partagé entre les équipes. 

Pour formaliser ce cadre partagé, ces règles peuvent être intégrées directement dans les CMS, les interfaces de publication ou encore les gabarits de contenus.

L’erreur la plus courante : ne rien formaliser

Dans la majorité des organisations, la décision de qui doit remplir le alt des images reste implicite. Ce flou organisationnel conduit à une non-conformité récurrente, même après des phases de mise en conformité initiales.

Les règles à définir pour l’accessibilité des images

Pour tout type d’image ajoutée par les équipes contenu, les équipes doivent être en mesure de répondre à ces trois questions :

1- Mon image est-elle décorative ou informative ?
2- Si le texte alternatif est nécessaire : quel est le maximum de caractères pour le rédiger et quelle information doit-il restituer ?
3- Existe t’il des exceptions ? Si oui, quand la règle par défaut ne s’applique pas et donner des exemples. Ces exceptions documentées évitent que les contributeurs les traitent au cas par cas sans référence commune.

Intégrer ces règles dans les outils et les processus

Formaliser des règles d’accessibilité pour les images constitue une première étape, mais ne garantit pas leur application dans le temps. Leur efficacité dépend directement de leur intégration dans les outils et les pratiques de production éditoriale.

Dans de nombreuses organisations, ces règles existent sous forme de documentation mais restent peu mobilisées au moment de publier. Elles reposent alors sur la vigilance individuelle des contributeurs, ce qui introduit une variabilité importante dans la qualité des contenus produits.

L’enjeu consiste donc à déplacer ces règles du cadre théorique vers un cadre opérationnel. Plusieurs leviers permettent de structurer cette intégration. Les interfaces de gestion de contenu peuvent, par exemple, imposer la saisie d’un texte alternatif ou proposer des aides contextuelles directement au moment de la publication. Des modèles de contenus peuvent intégrer des consignes explicites, limitant ainsi les interprétations individuelles. Les processus de validation éditoriale peuvent également inclure des points de contrôle dédiés à l’accessibilité.

Cette intégration permet de transformer une exigence ponctuelle en un standard de production. L’accessibilité des images ne dépend plus d’une expertise isolée mais s’inscrit dans un cadre partagé, reproductible et contrôlable. Sans cette structuration, les règles restent théoriques et leur application demeure incertaine, y compris dans des organisations ayant déjà engagé des démarches de mise en conformité.

Accessibilité des images : règles et exemples par type de contenu

Ces règles prennent tout leur sens lorsqu’elles sont appliquées à des cas concrets, en lien avec les types de contenus réellement produits. L’enjeu n’est pas de mémoriser des principes généraux, mais de savoir comment les traduire opérationnellement selon les contextes éditoriaux.

Les exemples qui suivent illustrent les situations les plus fréquentes rencontrées dans les organisations. Pour chacune, le traitement attendu est précisé afin de permettre une application claire et homogène par les équipes.

Les images illustrant des actualités et des contenus

Dans une liste d’articles – actualités, ressources, événements – chaque entrée comporte généralement une image, un titre et un résumé. La règle par défaut pourraient être que ces images sont décoratives. Le titre et le résumé suffisent à comprendre le sujet et l’image remplit une fonction d’attractivité visuelle sans apporter d’information complémentaire.

L’exception s’applique dès lors que l’image porte une information absente du texte : une photographie identifiant le lieu d’un événement non mentionné dans le titre, un visuel montrant un résultat ou un état que le texte ne décrit pas.

La règle à documenter pourrait être formulée ainsi : « Les images des listes d’actualités sont décoratives, sauf si elles apportent une information – lieu, personne, résultat – que le titre et le résumé ne mentionnent pas. »

Exemple : Photo illustrative d’un article d’actualité autour du piratage du ministère de l’intérieur ne nécessitant pas de balise alt.

Pages institutionnelles et contenus de marque

Les images d’ambiance, de mise en scène ou de fond visuel sont généralement décoratives.

Les portraits identifiés (équipe, intervenants, partenaires) sont informatifs et doivent identifier la personne représentée, à condition que cette information ne soit pas déjà fournie par un texte adjacent.

Fiches produits et pages de contenu détaillé

Dans des contextes de fiches produits ou de pages de contenu détaillé, les images jouent souvent un rôle informatif direct : elles montrent un détail, illustrent une étape, identifient un élément que le texte seul ne suffit pas à décrire. La règle par défaut est donc inversée : ces images sont informatives jusqu’à preuve du contraire.

Le texte alternatif doit exprimer ce que l’image apporte spécifiquement. Pour une fiche produit, le texte alternatif ne répètera pas le nom du produit – déjà présent dans le titre – mais pourra préciser l’angle, la couleur, le détail visible qui justifie la présence de cette image plutôt qu’une autre.

Exemple d’une fiche produit

Dans cet exemple issu du site Westwing – site ecommerce de décoration et de mobilier – une assiette au motif feuillage est proposée à la vente. Le motif n’est pas mentionné dans le texte de description de la fiche produit tout comme dans le alt des images.

Le motif de l’assiette n’est pas précisé dans le texte de description. Seules les couleurs Blanc et Vert foncé sont annoncées.

Le texte alternatif renseigné est « Image de la galerie 2 – Assiette plate peinte à la main Swirl ». Le motif d’inspiration feuillage – information absente du texte de description et du alt de l’image – n’est donc pas restitué aux utilisateurs de technologies d’assistance.

Les icônes accompagnant des liens ou boutons

Lorsqu’une icône est seule dans un élément interactif, elle est informative et doit décrire l’action. Lorsqu’un texte visible accompagne l’icône, celle-ci est décorative. Le cas délicat est le pictogramme « nouvelle fenêtre » ou « lien externe » : si le texte du lien ne mentionne pas que celui-ci s’ouvre dans un nouvel onglet, le pictogramme devient informatif.

Cette règle doit être explicitée pour les équipes qui publient des contenus comportant des liens sortants ou des documents téléchargeables.

Les logos

Un logo identifie une marque ou une organisation. Le texte alternatif est le nom de la marque, non le mot « logo ». L’exception s’applique lorsque le nom de la marque est déjà écrit en toutes lettres à proximité immédiate – dans ce cas, le logo peut être traité comme décoratif pour éviter la redondance.

Les infographies et visuels de données

Les infographies et visuels de données sont presque toujours informatives mais leur texte alternatif est souvent rédigé comme une description visuelle (« graphique à barres représentant des données »). Le texte alternatif doit restituer la conclusion ou l’information principale que l’image est censée communiquer. Si l’infographie est complexe, un texte long sous l’infographie ou une description sous la forme d’un aria-describedby (alternative textuelle structurée) peut être nécessaire.

Exemple : Infographie avec statistiques. Un aria-describedby sera nécessaire pour restituer toutes les informations présentes dans cette image sinon une description textuelle sous l’infographie

En résumé

La conformité RGAA des images ne se maintient pas dans le temps sans cadre structuré : elle repose sur des règles explicites, intégrées aux outils et partagées par les équipes qui produisent les contenus au quotidien.
Sans cadre formalisé, la réponse varie selon les interlocuteurs, les contraintes et les priorités. Un guide éditorial permet de stabiliser ces décisions et d’inscrire l’accessibilité dans les processus de production. L’accessibilité des images ne relève alors plus d’un correctif ponctuel, mais d’un standard éditorial pleinement intégré à la production de contenu.

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