Dans la conception de services numériques accessibles, une question revient constamment : faut-il décrire cette image ou non ? Cette interrogation apparemment simple cache en réalité un enjeu fondamental. Car toutes les images ne se valent pas. Certaines transmettent une information essentielle, d’autres servent uniquement à enrichir l’expérience visuelle. Confondre les deux, c’est risquer soit de surcharger inutilement l’expérience des personnes utilisant des technologies d’assistance, soit de leur masquer des informations cruciales.
Savoir qualifier correctement une image, c’est comprendre sa fonction réelle dans le contenu. C’est aussi se donner les moyens de prendre les bonnes décisions dès la conception, avant que les problèmes d’accessibilité ne s’accumulent. Ce guide vous propose une méthode claire pour distinguer images informatives et images décoratives, éviter les erreurs les plus fréquentes, et intégrer cette réflexion naturellement dans votre processus de travail.

Pourquoi la distinction entre image informative et décorative est essentielle
Les images occupent une place centrale dans les services numériques : elles illustrent les propos, structurent les pages, orientent la navigation, valorisent les contenus. Pourtant, si elles sont mal qualifiées, elles créent des ruptures d’accès à l’information qui auraient pu être évitées.
Pour les personnes aveugles ou très malvoyantes qui naviguent à l’aide d’un lecteur d’écran, une image porteuse d’information sans alternative textuelle rend le contenu totalement invisible puisque sans texte lisible au lecteur d’écran. À l’inverse, une image purement décorative accompagnée d’une description inutile pollue la navigation et noie l’essentiel dans des détails superflus.
Les personnes malvoyantes se heurtent quant à elles à d’autres obstacles. Lorsque du texte est intégré directement dans une image, il devient impossible de l’agrandir, d’adapter les couleurs ou de renforcer les contrastes selon leurs besoins. Ce qui devrait être lisible reste figé dans un format inadapté.
Pour les personnes dyslexiques, cette même contrainte technique empêche de personnaliser les polices et les espacements, deux ajustements souvent indispensables pour faciliter la lecture.
Dans la majorité des cas, ces difficultés ne proviennent pas d’un défaut technique complexe, mais d’une incompréhension du rôle réel de l’image dans le contenu. C’est là que tout commence.
La question clé pour trancher entre informatif et décoratif
Avant toute considération technique, posez-vous cette question simple et directe : si je supprime cette image, est-ce que je perds une information nécessaire à la compréhension du contenu ?
Si la réponse est oui, l’image est porteuse d’information. Elle doit être rendue accessible sous une forme équivalente, que ce soit par une alternative textuelle, une description détaillée, ou une retranscription des données qu’elle contient.
Si la réponse est non, l’image est décorative. Elle doit être ignorée par les technologies d’assistance pour ne pas encombrer inutilement la navigation.
Cette question constitue le socle de toute démarche d’accessibilité des images. Elle permet d’éviter les automatismes et de traiter chaque visuel selon sa juste fonction, en s’appuyant sur le contexte d’usage plutôt que sur des règles rigides.
Comprendre les nuances entre informatif et décoratif
Les images décoratives
Une image est considérée comme décorative lorsqu’elle n’apporte aucune information indispensable à la compréhension du contenu. Son rôle est d’accompagner visuellement le propos, d’aérer la mise en page ou de renforcer une atmosphère, sans transmettre de message autonome.
On retrouve fréquemment des photos d’ambiance qui illustrent le thème d’un article sans apporter de donnée spécifique. Par exemple, une photo d’un feu de cheminée dans un article sur le Bien vivre chez soi crée un contexte visuel, mais ne change rien à la compréhension du texte. Les images d’illustration génériques fonctionnent sur le même principe : elles soutiennent l’esthétique de la page sans porter d’information propre.
Les séparateurs graphiques, les textures, les motifs et les arrière-plans entrent également dans cette catégorie. Ils participent à la structure visuelle, mais leur suppression n’altère en rien le sens du contenu.
Enfin, certaines icônes accompagnent un texte déjà explicite. Si une icône de calendrier précède la mention « Date du rendez-vous : 18 décembre 2025 », elle est redondante. Le texte suffit à transmettre l’information. L’icône est donc décorative.
Les images porteuses d’information
Une image est porteuse d’information lorsqu’elle transmet un contenu que le texte environnant ne fournit pas. Elle n’est pas accessoire : elle fait partie intégrante du message.
Les infographies en sont l’exemple le plus évident. Elles synthétisent des données, établissent des comparaisons, révèlent des tendances. Sans accès à leur contenu, l’utilisateur perd une partie substantielle de l’information.
Les graphiques et diagrammes fonctionnent de la même manière. Qu’il s’agisse d’une courbe d’évolution, d’un diagramme circulaire ou d’un histogramme, ces visuels portent des données précises qui doivent être restituées sous une forme accessible.
Les schémas explicatifs transmettent également une information structurée. Un schéma technique, un plan d’évacuation ou un organigramme ne peuvent pas être ignorés : ils contiennent des relations, des étapes, des hiérarchies essentielles à la compréhension.
Toute image contenant du texte doit être traitée avec vigilance. Si ce texte n’apparaît nulle part ailleurs, l’image devient la seule source d’information, ce qui pose un problème majeur d’accessibilité.
Enfin, certaines images sont utilisées seules pour transmettre un message ou une instruction. Une icône cliquable sans libellé textuel visible, une bannière promotionnelle sans contenu textuel associé, ou un bouton constitué uniquement d’un visuel portent tous une information qui doit être accessible.
Exemples concrets pour s’exercer à détecter informatif et descriptif
Exemple 1 : Photo dans un article d’actualité
Un article de presse dont l’intitulé est « Ce que l’on sait du piratage du ministère de l’Intérieur », accompagné d’une photo de l’entrée du ministère avec une voiture passant le portail.
Question : sans la photo, l’information change-t-elle ?
Verdict : non. La photo contextualise visuellement, mais le texte suffit à comprendre le sujet.
Conclusion : image décorative.

Exemple 1 : Photo dans un article d’actualité
Exemple 2 : Infographie avec statistiques
Une infographie présentant les enjeux des Français résidant à l’étranger : volumes, évolutions chiffrées, typologies, niveaux de protection.
Question : sans l’image, perd-on des données ?
Verdict : oui. L’information est portée directement par le visuel.
Conclusion : image porteuse d’information, complexe.

Exemple 2 : Infographie avec statistiques
Exemple 3 : Bannière promotionnelle
Une offre commerciale affichée sous forme d’image : « –15 % sur toute la gamme NEVA », avec conditions et informations intégrées dans le visuel (exclusivité cartes et restrictions diverses).
Question : le message est-il accessible sans l’image ?
Verdict : non. Le texte n’est ni agrandissable, ni personnalisable, ni correctement restitué.
Conclusion : image de texte problématique.

Exemple 3 : Bannière promotionnelle
Comment choisir entre informatif et décoratif ? Pièges et erreurs courantes
Quelques conseils pour accompagner votre analyse
Certains éléments doivent attirer immédiatement votre attention lors de l’analyse d’une image.
La présence de texte uniquement dans une image constitue le premier signal d’alerte. Si l’information textuelle n’existe nulle part ailleurs dans la page, l’image doit être traitée comme informative, voire remplacée par du texte réel. Le format image empêche l’agrandissement, la personnalisation des polices, des espacements et des contrastes. Pour les personnes malvoyantes ou dyslexiques, cela rend la lecture difficile, voire impossible.
En dehors de rares exceptions justifiées (logos, dénominations commerciales protégées, reproductions de documents historiques impossibles à restituer autrement), les images de texte devraient être évitées. Le texte doit être reproduit en HTML pour rester manipulable et accessible à tous.
Une image qui transmet une information sans équivalent textuel dans le contenu environnant pose également question. Il faut alors se demander si cette information est essentielle et, le cas échéant, prévoir une alternative accessible.
Les infographies sans contenu accessible associé représentent un cas fréquent de rupture d’accessibilité. Une simple mention « voir l’infographie ci-dessus » ne suffit pas : l’utilisateur doit pouvoir accéder à un contenu équivalent, structuré et compréhensible. Selon la nature de l’image, cette restitution peut prendre la forme d’un tableau de données, d’un texte structuré en paragraphes, ou d’une description détaillée organisée logiquement. L’objectif est de garantir que l’information soit accessible, compréhensible, et exploitable, indépendamment de la perception visuelle.
Une icône cliquable sans libellé visible crée une ambiguïté. Si l’utilisateur ne peut pas savoir ce que fait ce bouton sans voir l’icône, alors celle-ci porte une information qui doit être restituée.
Enfin, si vous hésitez à qualifier une image d’informative ou de décorative, c’est souvent le signe qu’elle mérite une analyse plus approfondie. Ce doute indique généralement une fonction ambiguë ou un contexte d’usage mal défini.
Les erreurs courantes à éviter
Plusieurs erreurs reviennent régulièrement dans la qualification des images. La première consiste à fournir une alternative textuelle à une image purement décorative. Cela encombre la navigation des utilisateurs de lecteurs d’écran avec des informations superflues, ralentit leur parcours et dilue l’essentiel dans l’accessoire.
Une autre erreur fréquente consiste à décrire la forme visuelle plutôt que le sens. Dire « photo d’un homme qui coupe des rosiers » n’apporte rien si l’image est décorative. À l’inverse, si l’image porte une information, il faut décrire ce qu’elle communique, pas ce qu’elle montre.
Certains considèrent qu’une image est informative parce qu’elle est belle, travaillée, ou porteuse d’une identité visuelle forte. Mais l’esthétique ne définit pas la fonction. Une image peut être magnifique et parfaitement décorative.
Laisser la qualification des images uniquement aux équipes techniques constitue également une erreur stratégique. Cette décision relève de la compréhension éditoriale et fonctionnelle du contenu, pas d’un simple paramétrage technique. Elle doit être prise en amont, par ceux qui conçoivent le contenu et ceux qui l’alimentent au quotidien.
Enfin, traiter l’accessibilité des images en fin de projet multiplie les difficultés. Les corrections deviennent coûteuses, les arbitrages sont difficiles, et les incohérences s’accumulent. L’accessibilité des images se pense dès la conception.
L’accessibilité des images n’est pas une contrainte technique isolée à traiter en fin de projet. C’est une pratique de conception exigeante, fondée sur la compréhension fine des usages et du sens porté par chaque visuel. En posant systématiquement la question clé dès la conception, en impliquant les bonnes personnes au bon moment, et en documentant les choix effectués, vous transformez une obligation réglementaire en levier d’amélioration continue de vos contenus.
Finalement, bien qualifier une image, c’est respecter le parcours de l’ensemble de vos utilisateurs dont ceux en situation de handicap en leur donnant à tous un même niveau d’information.




